Dossier :

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Projet de méthaniseur : rencontre avec les riverains

Après avoir assisté à la réunion publique du 30 novembre 2015 sur le méthaniseur et découvert le site choisi pour le méthaniseur porté par la SAS Méthacycle, nous avons rencontré le collectif de riverains qui mène la fronde contre le projet.

Une partie des riverains ligués contre le projet

Une partie des riverains ligués contre le projet

Malgré les douces températures actuelles des coteaux salembrais, c’est le grand froid sur le petit hameau de Boisset, à Saint-Aquilin. Au-dessus de l’exploitation de M. Charmoy, quatre maisons en vieilles pierres et un manoir surplombent la vallée. Plus bas, coincées entre la colline et l’étang des Garennes, aux abords de la petite route départementale, les deux maisons de la famille Etourneaud font également partie du décor, ces derniers étant propriétaires de nombreuses terres environnantes.

Le méthaniseur est prévu derrière le rideau d'arbres

Le méthaniseur est prévu derrière le rideau d’arbres

Parmi ces foyers, la quasi-unanimité porte un regard inquiet sur le récent déboisement aux abords de l’exploitation agricole. « L’article écrit dans Sud-Ouest parlait de 2500m² à défricher, mais la DDT a validé une surface de 5800m². Puis on nous a dit que ça ne se verrait pas avec le rideau forestier, mais on a de quoi avoir des doutes !», raille un des riverains en signalant les espaces laissés par les branches nues des arbres. Seule la mère du porteur de projet, habitante de longue date du lieu-dit, ne prend pas part à la fronde qui s’organise contre le projet de méthaniseur.

Jusqu’ici, la présence d’une exploitation agricole à 150 mètres des habitations ne gênait pas tant ses riverains, qui faisaient fi des boues régulières salissant l’accès, ou encore le son continu d’une machine séchant les noix durant plusieurs mois. Mais lorsqu’ils lisent dans un article du 10 octobre 2014, relatif au méthaniseur de Saint-Astier, que « le 7e méthaniseur de la Dordogne sera construit au Gaec des Charmes, à Saint-Aquilin, dans quelques mois », ce fut la goutte qui fit déborder le vase.

La concertation en question

« La première chose que nous regrettons sur ce projet, c’est le manque de concertation en amont avec les riverains » font ainsi valoir les habitants de Boisset. Suite à cette découverte, les questionnements croissants font l’objet d’une première rencontre entre les porteurs de projet, la municipalité et les riverains de l’exploitation, le 10 février 2015. À cette occasion, les riverains invitent déjà M. Barberolle (présent à la réunion publique), président de l’association Protection et avenir du patrimoine et de l’environnement de la Dordogne, dont ils avaient découvert une tribune critique de la méthanisation dans la presse, en janvier 2015. Les participants se souviennent d’une rencontre dure, où le porteur de projet hésitait encore entre plusieurs emplacements et restait sans réponse sur certains points critiques.

Ils décident alors de sensibiliser locaux et préfecture en lançant une pétition contre le projet. Celle-ci est apportée au secrétaire général de la Préfecture le 20 mars 2015, signée par 159 habitants de la commune et 98 extérieurs. « Aujourd’hui, nous en avons encore davantage » poursuit Mme Dufau.

Il faut attendre le 9 novembre 2015 pour qu’une nouvelle rencontre publique se déroule avec l’ensemble des acteurs, à l’occasion d’un conseil municipal où Jules Charmoy présentait la dernière mouture du projet. Les riverains, contraints à un cadre fermé, ont alors demandé à ce qu’une véritable réunion publique puisse avoir lieu, chose réalisée le 30 novembre dernier.

Entre temps, les riverains ont pris contact avec d’autres voisins du département mécontents et intenté quelques actions sur le plan judiciaire, sans réponse pour l’heure. Mais ils gardent un espoir, formulé sur le slide d’un Powerpoint présenté par la Chambre d’agriculture lors de la conférence sur les énergies vertes à Villetoureix le 18 novembre dernier. Il y était écrit qu’en cas d’opposition locale sérieuse sur un projet de cet ordre, il n’y aurait pas de méthaniseur.

Boisset, un cas à part ?

C’est donc en véritables cartographes du risque que ce sont mués certains riverains du Gaec des Charmes. Car à défaut d’avoir l’ensemble des éléments répondant à leurs questions, ils ont constitué un bréviaire des expériences ratées de méthanisation, concrétisé avec une série de coupures de journaux récoltés à travers la France. De la centrale de biogaz contestée à Angers à l’incendie de Fresnoy-Folny en 2011, en passant par les témoignages plus proches concernant les mauvaises odeurs – de Saint-Pierre-d’Eyraud à la véloroute voie verte à Saint-Astier -, ils étayent un panel de nuisances possibles considérables. Autant d’exemples à certainement relativiser par l’absence de points communs avec le projet agricole de Saint-Aquilin, ou par l’absence d’expériences de méthaniseurs jugées positives. Mais qu’à cela ne tienne, deux arguments forment la principale défense des riverains : la proximité des habitations et le fait que la voie soit une impasse.

En effet, avec une distance d’un peu plus de 150 mètres de la future installation, les riverains font valoir qu’aucun exemple donné par les porteurs de projet ne présentait une telle proximité. « Le seul cas de méthaniseur proche d’une habitation, c’est celle de son propriétaire. Or Jules n’habite même pas sur Boisset », fait valoir Mme Dufau. Ce dernier a cependant laissé entendre lors de la réunion publique qu’il pourrait y bâtir son habitation.

L’unique voie d’accès au hameau est également une question latente du projet. Déjà sujette à une dégradation conséquente et à un salissement fréquent en période de pluies, la fréquentation de camions lourds ne ferait qu’aggraver la situation. Mais plus encore, c’est la crainte d’une coupure d’accès en cas d’accident qui inquiètent les villageois. Une situation qu’ils ont déjà connu en 2013, lorsqu’un camion s’est couché dans le chemin. À cela s’ajoute des inquiétudes sur la facilité d’accès des pompiers en cas d’incendie sur le site. Le secrétaire général de la Préfecture aurait ainsi assuré, après réception de la pétition, qu’aucun fond public ne serait débloqué pour aider à la réfection de la voie. Et le tonnage autorisé constitue un autre point chaud, puisqu’il est pour l’heure limité à 9 tonnes, alors que les camions nécessaires au transport des matières peuvent atteindre 25 tonnes.

Dans une fibre plus économique, c’est la propriétaire du manoir qui fait un valoir une absence de redistribution des bénéfices, voire un manque à gagner pour les locaux. « J’ai remis à neuf une bâtisse d’époque, mais si je dois la revendre, il y a au moins 30 % de perte », affirme-t-elle, « par contre en contrepartie nous ne touchons rien ».

Un collectif, deux approches

Bref, autant d’interrogations et craintes auxquelles M. Charmoy a tenté de répondre lors de la rencontre publique du 30 novembre en énumérant les dispositifs techniques visant à réduire ou éliminer risques et nuisances, et en annonçant une demande alternative de chemin parallèle à la voie d’accès du hameau. Réponses jugées incomplètes ou insatisfaisantes par les principaux concernés – encore faut-il prendre en compte le format peu évident et limité dans le temps de la rencontre. Ainsi, ils attendent désormais une hypothétique demande de permis de construire pour déposer un recours, n’ayant pas réussi à intervenir lors du déboisement.

Mais si le collectif des riverains de Boisset fait front commun contre le méthaniseur et s’accorde sur les risques de nuisance du projet, certains s’attaquent désormais au modèle économique des méthaniseurs, quitte à instiller une défiance généralisée sur le procédé, dont ils estiment, à l’instar du précédent constat de M. Barberolle, la quantité insignifiante. Pierre, un ingénieur voisin de Saint-Astier qui a souhaité apporter son expertise sur certains sujets techniques, s’est essayé à un exercice de calcul : « Avec un projet coûtant près de 3 millions d’euros et une durée de vie de 15 ans, il faudrait que la structure dégage une recette de 30 000 € par mois pour rentabiliser la structure. Or avec la production annoncée, au coût actuel de l’électricité, ils n’arriveront qu’à 3 000 € par mois* ». « Le financement du projet provient avant tout de subventions, c’est-à-dire de notre argent ! » ajoute-t-il alors.

Cette approche ne semble cependant pas être partagée par tous, mais pourrait bien à terme être essaimée dans l’opinion publique faute de contre-exemple. En attendant, la majorité reste sur des détails très pratiques. « En quoi est fait le bâtiment ? Peut-il résister à une balle en cas d’accident de chasse ? Qui va contrôler les matières qui viennent ? Quel stockage pendant les périodes creuses ? (…) Ce qui nous fait peur, c’est qu’il (M. Charmoy) n’a pas les réponses », juge M. Jary. « Il nous a par contre dit que c’était à nous d’aller nous renseigner auprès des organisations en charge », poursuit sa voisine. Mais son manque de respect des terrains voisins et certains de ses anciens projets ne plaident pas en sa faveur selon le doyen M. Etourneau, qui a pu voir l’agrandissement progressif de ce qui n’était qu’un lieu de silos à grains 12 ans plus tôt.

Finalement, en restant sous les seuils minimums pour être en ICPE et nécessiter une étude d’impact, M. Charmoy et la SAS Méthacycle ont certes économisé quelques deniers, mais celle-ci aurait peut-être permis de faire moins d’étincelles.

* d’après nos calculs, en partant des mêmes chiffres (non vérifiés), il faudrait non pas 30 000€/mois pour rentabiliser l’exploitation sur 15 ans mais 16 700€/mois. De plus, ne semblent pas pris en compte les tarifs avantageux payés par EDF pour les énergies renouvelables, ni les retombées de l’activité de chaufferie du méthaniseur.

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