Dossier :

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Le méthaniseur en débat

Lundi 30 Novembre, la municipalité de Saint-Aquilin avait convié la population à une réunion publique pour échanger sur le projet de méthaniseur porté par Jules Charmoy et la SAS Méthacycle. Une rencontre aux positions tranchées mais somme toute cordiale.

Les participants sont venus nombreux à la réunion publique.

Les participants sont venus nombreux à la réunion publique.

Le 1er adjoint de la commune, Éric Gutkowski, l’avait annoncé d’emblée : « Si la réunion s’envenime, on ferme la discussion et on arrête tout ». En tout cas, avec plus de 70 personnes présentes dans ce village de 500 âmes, le sujet intéresse, et clive.

Pour ouvrir la réunion, Jules Charmoy, propriétaire de l’EARL des Charmes et porteur d’un projet collectif à travers la SAS Méthacycle, a d’abord apporté explications et illustrations sur ce que serait le complexe du méthaniseur. Concrètement, il s’agit d’environ 4 000 m² de bâtiments supplémentaires sur son exploitation agricole de Boisset, avec le méthaniseur à proprement parler et le moteur de cogénération (qui produit électricité et chaleur) d’un côté, et un séchoir multi-produits de l’autre. Les propriétaires de l’infrastructure, réunis dans la SAS Méthacycle, sont tous basés à Saint-Aquilin, tandis qu’une dizaine de partenaires agricoles des alentours (Tocane, Mensignac, Ribérac…) se sont engagés à apporter de la matière.

L'exemple du méthaniseur de Marcillac Saint-Quentin

L’exemple du méthaniseur de Marcillac Saint-Quentin

À ses côtés, Lysiane Rossius-Gagnon, étudiante en agronomie, l’accompagne dans un travail pédagogique sur l’énergie du biogaz issu des déchets agricoles. Ils annonçaient ainsi une production électrique équivalente à la consommation de 510 foyers (chiffre remis en cause par les opposants). Par ailleurs, la chaleur produite par l’opération permettrait de sécher une quantité non négligeable de céréales et de travailler en bonne intelligence avec la plateforme bois énergie de Chantérac. Et au final, les déchets du méthaniseur représentent autant de fertilisants utiles aux agriculteurs et particuliers. Tout cela dans une logique d’économie circulaire et de soutien de l’emploi agricole, autant d’éléments qui assurent à Jules Charmoy le soutien du ministère de l’Agriculture et de l’agence nationale du développement de l’agriculture biologique. Et pour se rendre compte de l’installation, un PowerPoint alternant schémas et photos du méthaniseur de Marcillac-Saint-Quentin en Dordogne.

Mais face à ces aspects positifs, les opposants ne manquaient pas de contre-arguments portés par le collectif de riverains créé contre ce projet. Toute la difficulté pour l’animateur du débat Éric Gutkowski fut alors de synthétiser les multiples interventions et de ramener à hauteur d’homme un débat toujours plus technique. Car outre les fréquentes remarques mettant en cause les nuisances olfactives et sonores possibles, la chimie s’est invitée dans le débat pour aborder les risques d’explosion du méthane. M. Charmoy expliquait alors que la quantité de biogaz stockée dans le complexe serait équivalente à celle d’une bouteille de gazinière, puisque la production se fait en continu. De plus, il rappela qu’un tel projet fait l’objet de multiples dispositifs de sécurité.

Quel accès au site ?

Pour sa part, M. Gutkowski a tenté d’apporter des éléments au problème d’accès au méthaniseur, puisque le hameau de Boisset se finit en impasse, dont la route est limitée à 9 tonnes et est déjà en mauvais état. L’exploitation étant située en aval des habitations, les craintes pèsent sur une dégradation de la voirie et le risque d’embouteillage, voire de coupure avec le réseau routier en cas d’accident. À ce titre, l’élu a rappelé que la voirie était désormais une compétence de la CCIVS, et que cette dernière a réalisé un inventaire distinguant les voies prioritaires pour une réfection. Une première requête pour un réaménagement de la route, en cas d’acceptation du projet, a été reçue positivement de la part de l’intercommunalité. Cependant, le passage nécessaire de véhicules pouvant atteindre 25 tonnes pour acheminer les matières induirait un changement de tonnage, que seule la maire a pouvoir de changer. Et les possibles surcoûts d’une voie adaptée à un tonnage supérieur ne semblent pas avoir été pris en compte dans l’équation. Jules Charmoy a donc pris les devants en proposant de créer une nouvelle voie privée de 20 mètres de large, parallèle à la route existante, pour ne pas bloquer le projet. Reste à savoir si le conseil départemental accorderait la création d’un nouveau carrefour sur le RD39. Quant à l’augmentation du trafic, Jules Charmoy l’a évalué à 2,3 véhicules supplémentaires par jour.

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Une intervention remarquée fut celle de Georges Barberolles, président de l’association de Protection et Avenir du Patrimoine et de l’Environnement en Dordogne, et surtout connu pour son rôle de contradicteur dans le Bergeracois. Sous couvert d’un agrément départemental, l’homme s’est lancé dans un inventaire pêle-mêle des problèmes et enjeux posés par le méthaniseur, largement applaudi par une partie de la salle sans que chaque point puisse être vraiment repris par les porteurs de projet. N’hésitant pas à comparer la productivité d’un méthaniseur avec la centrale nucléaire du Blayais, il clôturait son exposé sur un réquisitoire anti-énergies renouvelables qui laisse perplexe.

Quel impact économique?

Finalement, un certain nombre de participants ont interrogé la rentabilité de l’opération et l’impact économique sur le territoire, ouvrant un nouveau volet du débat. Car s’il s’agit avant tout d’un projet privé, certains habitants font valoir que les subventions publiques viennent de leurs impôts. Or une bonne partie des investissements prévus sur les 2,8 millions d’euros proviendrait entre autres des aides de la Région à travers le dispositif Methaqtion. « Est-ce que ça vaut le coût de mettre tout cet argent public ?» interroge une habitante. « Et est-il prévu de compenser les riverains ? » s’aventure un autre. Là encore, Éric Gutkowski intervint pour rappeler que ce choix relevait de choix politiques élaborés à d’autres niveaux, et qu’il n’était pas de leur compétence d’en débattre. Ce après quoi M. Charmoy rappelait que l’agriculture, par son fonctionnement spécifique à l’échelle européenne, était de façon générale très largement subventionnée.

La maire Annick Dezon rappela finalement que la mairie ne pouvait qu’émettre un avis et que la décision finale sur le permis de construire, non délivré pour l’heure, relevait de l’autorité du préfet. Ainsi le débat s’achevait après deux heures d’échanges, sans que l’on puisse affirmer qu’un consensus se dégage, mais au moins avec quelques informations supplémentaires.

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