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Polybox 3D invente la caisse à outils 2.0

Il n’y a pas qu’en ville que les choses bougent ! L’histoire de Polybox 3D résonne comme celles de nombreuses aventures technologiques lancées dans un garage, avec un petit air de campagne.

De gauche à droite : Mathieu Lapeyre, Florian Boudinet, David Barbero

De gauche à droite : Mathieu Lapeyre, Florian Boudinet, David Barbero

Le matin au bistro du village, il y a ceux qui lisent l’info et ceux qui la font. À Douzillac, ne vous étonnez pas d’entendre parler d’imprimante 3D ou de découpe laser, car les artisans de la fabrication numérique n’hésitent plus à venir à la campagne pour penser le monde de demain.

C’est le cas de David Barbero, fraîchement arrivé sur les coteaux de la commune. En investissant la maison familiale, cet entrepreneur de la quarantaine ramène dans sa besace une entreprise en pointe dans le domaine des cutters de sécurité, Technicut, ainsi qu’un nouveau projet : la Polybox 3D. Cet ingénieur mécanique a bourlingué sur la planète et dans l’industrie automobile avant de tenter l’aventure entrepreneuriale. C’est en travaillant sur un projet de robot des vignes qu’il a rencontré il y a 2 ans ses deux jeunes associés, Mathieu Lapeyre et Florian Boudinet. Le premier est électronicien, le second informaticien. À eux trois, ils disposaient de toutes les compétences nécessaires à la fabrication, mais bloquaient à l’étape du prototypage, faute d’outil adéquat. « L’industrie française se limite à quelques grandes entreprises qui externalisent une bonne partie de leur production, et il devient difficile de commander des prototypes peu chers et rapidement disponibles » expliquent-ils. C’est finalement en retournant la logique qu’ils trouveront la solution : ils vont fabriquer eux-mêmes leur outil de travail, dans le sillage des technologies d’impression 3D. Ils démarrent l’aventure en octobre 2013 en pensant le cahier des charges, avant que chacun parte travailler de son côté. Puis en 2014, ils établissent leur premier atelier chez David en Gironde, avant de déménager pour Douzillac.

Les six axes permettent de faire de l'usinage sous tous les angles

Les six axes permettent de faire de l’usinage sous tous les angles, et deux webcams HD gèrent prise de  vue et scan

Ce qui distingue la Polybox 3D des outils multifonctions disponibles sur le marché, c’est tout d’abord ses 6 axes de travail, quand les machines actuelles se contentent généralement des trois axes traditionnels. « C’est la seule machine à six axes dans le monde open-source à notre connaissance » fait valoir David. Ainsi, ils peuvent produire des objets avec des concavités et des formes complexes. C’est aussi le fruit d’une précision sans pareil, bien supérieure aux imprimantes standards. Outre ces caractéristiques, c’est l’éventail des possibilités offertes par la Polybox qui fait pâlir : double buses pour l’impression 3D (on peut mélanger les couleurs), scan d’objets en 3D, service de prise de vue, ou encore une fraiseuse numérique. Le tout est gérable sur une interface tactile simple comme un ordinateur. Les filaments composites utilisés par l’imprimante permettent quant à eux de donner des allures métallique, de bois, de plastique dur ou souple aux objets conçus. Et en bonus, les trois bricoleurs veulent implémenter une fonction de découpe laser et l’impression 3D par stéréolithographie (SLA), c’est-à-dire à base de résine. Bref, on a là 1m³ de prouesse technologique.

Une boîte à tout fair

Mais au-delà de son armada d’outils intégrés, la plus grande force de cet outil reste son accessibilité. En misant sur une approche « open-source », avec des pièces accessibles (comme Arduino) et en partie reproductibles, et surtout faciles à réparer/remplacer, la Polybox 3D est l’antithèse de l’obsolescence programmée. Le tout devrait être proposé entre 15 000 et 20 000 €, un montant fair (juste en anglais) par rapport aux outils existants pour le prototypage.

Mais dans un marché en plein boom, nul doute que d’autres bricoleurs tentent de percer. Pour se faire une idée de la concurrence et s’assurer qu’ils sont encore dans l’ère du temps, ils ont visité un salon mondial en mars 2015 en Espagne. Verdict : la place est encore libre dans leur créneau, et ils n’ont pas à rougir de leur travail.

Maintenant, reste à passer à la phase de production. Pour marquer le coup, les entrepreneurs ont fait le choix d’une campagne de crowdfunding sur le site Kickstarter, qui vient d’ouvrir sa filiale française. Cette plateforme en ligne permet d’obtenir des financements auprès des internautes en promettant une récompense selon le niveau de contribution. Dans leur cas, ils cherchent surtout à plébisciter leurs clients potentiels, tels que des cabinets d’architecte et des petits bureaux d’étude, en proposant en échange les plans de pièces faites maison. Mais les plus petits donateurs pourront profiter de goodies et d’objets imprimés pour l’occasion. « On espère être un projet phare de la nouvelle plateforme et faire un peu le buzz » souffle David.

Une nouvelle économie à la campagne

Si cela reste une boîte noire pour beaucoup de villageois informés de l’implantation de l’entreprise, certains locaux savent faire fructifier cette occasion. Quelques entrepreneurs du village profitent du café au Moneta avant le début de l’école primaire pour développer des projets ensemble. Ainsi, un plasticien habitant depuis quelques années sur la commune aura une nouvelle machine adaptée à ses besoins. Un autre devrait profiter de l’occasion pour son activité de découpe.

Vu de l'intérieur

Vue de l’intérieur

Et si le garage commence à faire un peu petit pour contenir toutes les idées du trio entrepreneur, ils ne souhaitent pas pour autant regagner la ville pour continuer l’aventure. Une chance pour les habitants du territoire, qui y trouvent autant d’occasions de s’approprier les nouvelles technologies et réinventer la ruralité à l’ère du DIY numérique.

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