Dossier :

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Saint-Aquilin, Terre de fêtes

La dernière semaine d’avril marque chaque année le départ des festivités à Saint-Aquilin. Connu pour sa précocité dans l’année et ses jeux d’un autre âge, la traditionnelle fête du village chapeautée par le comité des fêtes occupe le dernier week-end du mois.

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L’herbe est encore mouillée de l’averse matinale, quand les quelques compétiteurs se mettent en place, faux à la main, dans le bourg de Saint-Aquilin samedi 25 avril. Dix-huit rectangles d’herbes hautes sont là, au centre du terrain qui oppose la cantine de l’école à l’église, prêts à subir la coupe plus ou moins maîtrisée des quelques compétiteurs volontaires. Voilà une trentaine d’années que le comité des fêtes local organise une compétition de fauchage pour ouvrir le week-end. Avant de passer aux épreuves suivantes : lancer de verre sur bar savonné, ou encore jeu de quilles traditionnelles.

L'épreuve des bucherons, la plus intense

L’épreuve des bucherons, la plus intense

Face à ce spectacle d’habitués, on se met à penser que ces jeux doivent exister ici depuis des temps immémoriaux. « Cela fait près de 30 ans qu’on a instauré ces jeux, on les avait vu à la télé » nous explique Jacques, dit Pierrot, qui fut président au tournant des années 1990, nous rappelant la belle époque d’Intervilles. Si la population vient petit à petit grossir les rangs des spectateurs et participants, les anciens évoquent le souvenir des grandes fêtes d’antan. Pascal Deguilhem, député et ancien maire de la commune (dont il est toujours conseiller municipal), rappelle l’époque du défilé de tracteurs dans le bourg, ou encore la première course en fauteuil de Joël Jeannot, champion handisport, au lendemain de son accident.

Pendant ce temps-là, Bruno, « qui fauche depuis l’âge de 12 ans », découpe tout soigneusement sur son passage, tandis que d’autres fracassent maladroitement l’outil contre le sol. « Y’a un prix au bruit ! » plaisante un participant. Mais au final, paraît-il que ce n’est pas forcement celui qui taille mieux qui remporte la coupe, nous raconte Pierrot : « Sinon ce serait toujours le même qui gagnerait ! ».

Marion

Marion

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Mathieu

Niveau découpe, ce sont les nouveaux locataires du logement au dessus du multiple rural qui s’imposent à leur deuxième tentative en 55 secondes, après avoir été échaudés par leurs poursuivants. Pour les nouveaux locataires du bar-restaurant, Marion a l’air plus en maîtrise que Mathieu au lancer de verre, qui assure cependant bien dans ses cuisines aux dires de la population.

Midi a presque sonné quand le traditionnel coup de pétard appelle la population de la vallée salembraise, tandis que les forains testent les enceintes de leur manège à coups de « Conmigo », laissant entrevoir une nouvelle compétition autour de celui qui crachera le son le plus fort. La fête a bien commencé.

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Une histoire de Terre

Quelques jours plus tôt, c’est à une centaine de mètres de là que se tenait une autre festivité, la journée de la Terre.Une célébration qui peut sembler nébuleuse, aux saveurs babacool aimeront à penser certains au regard du public présent ce jour-là, si ce n’était que ce jour est célébré depuis 45 ans sur la planète entière, et réunit ce jour-là près d’un milliard de personnes dans 192 pays.

Une exposition pédagogique et participative avec les enfants du pays de Beleyme

Une exposition pédagogique et participative avec les enfants du pays de Beleyme

La journée, portée par la jeune association Fil Vert, est d’une grande richesse pour ceux qui veulent mettre un pied dans les débats écologiques : alternatives au phytosanitaire, étapes du recyclage… Présent pour la première fois, l’association Pour les Enfants du Pays de Beleyme occupait les premiers postes. Une exposition financée par le conseil départemental accompagne le visiteur dans la découvertes des alternatives aux produits phyto-sanitaires, à base de jeux sensoriels pour les enfants, des présentations de chiffres et des boîtes à conseils, où chacun peut proposer une solution à un problème concret du jardin. Preuve de la pertinence d’une telle approche, le conseil départemental voisin de la Gironde a commandé une exposition similaire pour faire de la pédagogie dans leur contrée. L’association propose également des stages de 2-3 jours pour fabriquer du mobilier en bois rond, ainsi que l’installation de jardins d’assainissement, à travers le système breveté Aquatiris.

Paroles de sage

Paroles de sage

Ce jour-là, on retrouve également la nouvelle association C2R qui présente son projet de ressourcerie Ribérécup’, et donne un visage concret au concept à la mode d’économie circulaire. Plus loin, Guillaume réalise en direct un paillage composé de couches de vert et de paille, une alternative au labourage. Puis, un cri du cœur s’échappe de la scène installée pour l’occasion, où un homme prend le micro pour lire un texte de Pierre Rabhi, paysan philosophe, intitulé L’autonomie, une réconciliation avec les lois de la vie. Cette critique acerbe de la logique industrielle et de la technique fut aussitôt adoucie par la musique des Tontons Michel, venus réchauffer l’air frais en début de soirée.

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Les Tontons Michel sur scène

Une terre d’agriculteurs avant tout

Ces événements rapprochés font de Saint-Aquilin une des communes les plus actives sur le plan associatif au regard de sa densité de population. Et rappelle l’importance de l’agriculture dans le paysage local. Si Pierrot évoquait le souvenir des années précédentes, où les agriculteurs maniant parfaitement la faux étaient plus nombreux, une nouvelle génération semble s’être bien installée sur les coteaux calcaires du Salembre. Quitte à bousculer les traditions. Représentants d’une nouvelle vision agricole, où le bio tient une place considérable, l’intégration de nouvelles pratiques ne plaît cependant pas à tous, à l’instar du débat actuel sur la réalisation d’un méthaniseur regroupant neuf éleveurs bovins. Ces petites dissensions semblent ainsi se retrouver dans les populations présentes à chaque événement, quand bien même les ponts à créer ne manquent pas.

Alors l’an prochain, le dernier dimanche du mois qui marque habituellement le week-end de la fête locale sera le 24 avril, deux jours après la fête mondiale de la Terre. L’aubaine sera-t-elle saisie pour réunir ces deux événements qui tracent chacun de leur manière une facette de la ruralité ? Réponse dans un an.

Retrouvez toutes les photos du samedi matin de la fête de Saint-Aquilin

Retrouvez toutes les photos de la Journée de la Terre

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