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Le musée André Voulgre, de l’avenir pour la tradition

De la préhistoire aux portes de l’industrie, le musée André Voulgre à Mussidan traverse les époques pour faire connaître la Vallée de l’Isle sous des angles méconnus. Avec en dernière date, la remise en état d’une chambre d’époque avec lit à baldaquin et boiseries du XVIIIème siècle.

Jean-Pierre Guine, Ami du musée, et Ludovic Chasseigne dans la chambre inaugurée

Jean-Pierre Guine, Ami du musée, et Ludovic Chasseigne dans la chambre inaugurée

Vendredi 3 avril, le « musée des arts et traditions populaires du docteur André Voulgre de Mussidan  », dit musée André Voulgre, entamait sa 38ème saison d’ouverture au public, avec l’inauguration d’une chambre d’époque. Trente-huit ans que l’ancienne chartreuse léguée par le docteur Voulgre évolue au gré du temps bénévole et de la passion de ses Amis, et depuis 2007 du travail d’un agent du patrimoine, Ludovic Chasseigne. Un parcours qui retranscrit le folklore des vieilles traditions locales, quitte à réinventer l’histoire.

Le rêve d’un enfant collectionneur

Le couloir, fil conducteur de la chartreuse

Le couloir, fil conducteur de la chartreuse

Le premier mythe que contient ses murs, c’est celui de son créateur. Le docteur André Voulgre, avant de devenir le fondateur de l’institut de physiothérapie de Bordeaux, fut un enfant dont la curiosité n’eut d’égal que la collection qu’il a légué à sa mort en 1970. Ainsi, à peine entré le visiteur peut découvrir à sa droite un fauconneau, petite pièce d’artillerie tirant des boulets, que le jeune André a trouvé aux abords du château de Longua, à Saint-Médard-de-Mussidan, et aurait ramené à pied à la maison familiale en le traînant derrière lui. Récupérant des traces de l’histoire à en faire déborder les étagères, il se réinvente un monde d’antan que Ludovic Chasseigne qualifie de « néo-folklore ».

De cet univers monté de toute pièce, le docteur exige de la ville de Mussidan, à qui il lègue collections et propriétés, qu’il en fasse un musée. Un challenge que s’approprient ses anciens amis et autres amoureux du territoire à travers la création de l’association des Amis du musée. Sept ans après sa mort, le musée ouvre la chartreuse au public, faisant découvrir les joyaux et autres dons depuis légués par d’autres familles.

De la maison bourgeoise rurale à l’espace pédagogique

Un vitrail d'une rare finesse

Un vitrail d’une rare finesse

Lorsque ceux-ci rentrent pour la première fois dans la chartreuse, chaque pièce est pleine à craquer d’étagères remplies d’objets en tout genre. Une chartreuse, c’est ce que définit Ludovic Chasseigne « comme une maison de maître située à la campagne, avec un confort d’une maison de ville ». Une maison de plein pied où l’espace est organisé de façon fonctionnel le long d’un couloir : la salle de réception et la bibliothèque à côté de l’entrée – « pour montrer son bon goût et qu’on est lettré » explique l’agent du patrimoine – puis les chambres et ainsi de suite. Des pièces qui ont été au fur et à mesure réaménagés de façon à représenter différentes époques de la maison traditionnelle, telle que cette nouvelle chambre du 18ème siècle, avec un lit à baldaquin et des boiseries provenant de la famille Dussol. On y trouve également quelques joyaux peu communs, tels des vitraux venus de Bordeaux qui permettent d’évoquer l’importance de l’argile ou encore les maîtres verriers protestants, contraints à travailler dans le civil. On apprend au passage que Mussidan fut une capitale régionale de la production de cierges, fournissant à une époque jusqu’à Lourdes et au Maroc. Les dernières ciergeries de la ville ont disparu dans les années 1970-1980.

La préhistoire est aussi à l'affiche au musée Voulgre

La préhistoire est aussi à l’affiche au musée Voulgre

À ce premier univers remodelé au fil du temps à partir des legs du docteur s’est alors ajouté une tripotée de dons, qui ont certainement éveillé le rôle pédagogique des nombreux anciens instituteurs présents parmi les Amis du musée. Le don de la famille de Jean Gaussen, originaire de Neuvic et propriétaire de la grotte du Gabillou à Sourzac, « la petite sœur de Lascaux », permet ainsi de découvrir la préhistoire de la vallée. Ce dernier fut même considérée comme une figure internationale en mettant en lumière les habitats de plein air et des processus de façonnage d’outils. On trouve également une salle « faune et flore », avec quelques rongeurs et champignons bien connus, mais aussi des bêtes moins connus sur le territoire : scorpion, mygale et autres papillons tropicaux… « Avec l’ensemble des dons qui se sont accumulés, on perd un peu cohérence, tout n’est pas représentatif du territoire », prévient Ludovic Chasseigne. Une tendance qu’il cherche depuis à inverser, quitte à repenser le musée.

En quête des outils de demain

Un large éventail des métiers du fer

Un large éventail des métiers du fer

Après des années de gestion associative, le vieillissement du cercle ayant connu le fondateur et la multiplication des règles appliquées au musée ont poussé la ville à embaucher un spécialiste pour suppléer les Amis du musée dans les tâches qu’ils ne pouvaient plus effectuer. C’est en 2007 que Ludovic arrive, après avoir réalisé une première exposition temporaire sur la poterie beauronnaise. De saisonnier, il obtient un emploi aidé et réorganise l’ensemble des collections. Les salles thématiques prennent alors un nouveau souffle, Ludovic réalisant d’abord des expositions temporaires qu’il réinjecte dans le circuit tracé par le couloir de la maison. On découvre désormais l’univers du textile, du cadre familial à l’industrie, la buanderie avec la première machine à laver électrique de la région, ou encore les vieux métiers du bois, de l’argile et du fer. Un condensé de souvenirs pour quiconque connaît les patronymes de Bata-Marbot et Arma, ou s’émeut devant les moulins à noix et vieilles machines agricoles. On attaque alors le dernier côté de la maison en carré, salle des expositions temporaires, qui accueille actuellement un exposé sur la Vallée de l’Isle durant la 1ère guerre mondiale. Un travail de longue haleine, qui présage les ambitions de l’employé : opérer la mue du musée.

Aujourd’hui, ce dernier reste dans l’attente. Un cabinet d’étude spécialisé vient de passer deux ans à réaliser une étude de faisabilité sur un musée repensé de fond en comble. Ludovic a pour sa part trouvé des financements et bâti un projet scientifique et culturel en accord avec l’étude. Sur place, la chartreuse introduirait la modernité dans la vallée, à travers tous ses pendants : l’industrie, la famille, le sport… Le musée deviendrait alors « un centre de ressources » tant pour les acteurs locaux souhaitant développer des projets culturels basés sur l’histoire locale, qu’un pied à terre pour les équipes de recherche nationales et internationales. Une manière d’ouvrir davantage la richesse tant matérielle qu’immatérielle du musée, et offrir de nouveaux outils aux apprentis historiens.

Encore faut-il que les collectivités suivent. Un tel chamboulement impliquerait le soutien financier d’acteurs locaux, à l’échelle communale et plus encore. Or, avec les élections successives depuis l’an dernier, le dossier reste en suspens et risque de faire les frais des finances dégradées. Dans un tel contexte, souhaitons que Lascaux 4 n’ait pas épuisé le fond de la grotte financière.

Infos pratiques

Horaires d’ouverture :

  • 4 avril au 31 mai : ouvert de 14 h à 18 h les week-ends et jours fériés ou sur réservation
  • 1er juin au 30 septembre : ouvert tous les jours, matin et après-midi

Tarifs : 3,5 € plein tarif / 3 € tarif de groupe à partir de 8 personnes / 2,5 € pour les handicapés et gratuit pour les enfants jusqu’à 13 ans. Les expositions temporaires sont gratuites.

Le musée : Pour l’heure, le musée est organisé en 3 parties relativement distinctes : la salle d’exposition temporaire, les « period rooms » le long du couloir principal, et une aile dédiée à des expositions thématiques (le textile, le bois, l’agriculture…). Par ailleurs, deux salles ont remplacé l’ancienne bibliothèque de la ville, pour donner un espace « Faune et flore » et un espace « Préhistoire ».


Programme des événements: Le programme n’est pas encore officiel, mais on vous livre quelques dates en exclusivité.

  • du samedi 4 avril au 30 septembre : exposition temporaire « 1914 : l’Isle en guerre »

  • lundi 20 avril, 20h30 au cinéma Notre Dame : Documentaire 1ère Guerre mondiale « Les veilleurs » de Philippe Lanfranchi.

  • du vendredi 29 avril au 29 mai : Exposition « Quoi de neuf chez les Pétrucores » en partenariat avec Vesunna, la ville de Périgueux et le SAD.

  • Samedi 16 mai : Nuit des musées : concert trio musique classique en partenariat avec Autour du Chêne – Maïa et Myriam Darmé et Dan Jones

  • Vendredi 22 mai à 18 h : Conférence sur les Pétrucores de Christian Chevillot.

  • Du jeudi 4 au dimanche 7 juin : Rendez-vous au jardin, pour mise en valeur du parc Voulgre avec partenariat avec les Services Techniques de la Ville de Mussidan.

  • Samedi 20 juin à 18 h pour les Journées de l’Archéologie : Conférence sur les découvertes à Chauzeys en 2013 de Jean-Pierre Chadelle, Alexandre Michel et Arnaud Barbeyron du SAD de la Dordogne.

  • Vendredi 26 juin au 30 septembre 2015 : Exposition temporaire sur les faïenceries oubliées de la vallée de la Dordogne des collections Armbruster et Benneix (vernissage le samedi 27 juin à 18h avec conférence sur le Fleix, Sainte Foy et Montpeyroux, de M. Ambruster

  • Atelier pour les enfants (à partir de 6 ans) en partenariat avec le club céramique de Mussidan : peinture sur faïence du 6 juillet au 30 septembre.

  • jeudi 2 juillet à 20h30 : conférence sur la guerre du capitaine Lucien Proutaux, son grand père pendant la 1ère Guerre Mondiale de M. Eric Dyvorne.

  • samedi 12 juillet à 15h à la chappelle du château de Longua : conférences de M. Chavatte sur Timoléon comte de Brissac Et Mme Cocula sur Les Lur et La Boëtie

  • Samedi et dimanche 12 et 13 septembre : Journées du Patrimoine.

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