Dossier :

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Le château de Neuvic ouvre l’ADN des plantes

Une fois n’est pas coutume, le Jardin en fête de la Fondation de l’Isle a vécu au rythme des averses et des éclaircies, au château de Neuvic dimanche 26 avril. Pas de quoi effrayer les jardiniers en tout genre, puisque les entrées en fin de journée s’élevaient à près de 1 200 visiteurs. Sur le site, une cinquantaine d’exposants ont fait vivre les jardins de la graine au fruit, en passant par les arts de la vannerie, de la céramique ou encore les collections spéciales de la Bobine. Les jeunes des ateliers de l’IME n’ont pas été en reste en vendant leur mobilier de jardin, ainsi que des plants de tomates et de géranium et en assurant le repas du midi pour les exposants.

Prendre de la graine de l’Histoire

Michel Évrard devant son auditoire

Michel Évrard devant son auditoire

De son côté, l’intervention de l’ethnobotaniste et vice-président du Parc naturel régional Périgord – Limousin Michel Évrard, sur le thème « Comment cultiver son jardin », a intéressé bon nombre de personnes. C’est en revenant aux sources de l’agriculture que celui-ci a petit à petit déroulé le fil d’une histoire trop souvent oubliée : lorsque l’Homme abandonna sa peau de nomade pour celui de l’agriculteur, ce n’est ni sur les céréales, ni sur l’élevage que celui-ci a testé sa maîtrise, mais sur les arbres fruitiers. Or, l’arbre fut certainement le grand oublié des agronomes au démarrage de l’agriculture intensive, celui-ci étant alors systématiquement arraché. Ainsi, le pédagogue rappela sans cesse l’ingéniosité des espèces végétales pour survivre au gré des aléas climatiques et des migrations humaines : parthénogénèse du figuier, symbiose des plantes avec le champignon-mycélium, tomates sans eau de l’Hérault… Jean-Baptiste Lamarck semble ainsi tenir une revanche sur Darwin dans la théorie de l’évolution, prouvant la capacité de s’adapter des espèces sur le poids du hasard.

De cette démonstration, l’ethnobotaniste retient l’importance de la diversité des cultures, et remet en cause les pratiques qui se sont répandues au fil du dernier siècle : monoculture, labourage profond « qui met le grenier à la cave » , usage des pesticides qui tue les habitants du sol… Aux trois nutriments NPK promus par les vendeurs d’engrais chimiques, il rappelle que ce sont 32 minéraux qui sont nécessaires au métabolisme cellulaire des plantes. Ainsi, un paillis d’hiver semble plus à même de nourrir lombrics, champignons et bactéries nécessaires à la vie de la terre. « Et la bouillie bordelaise, c’est bien un fongicide, il ne faudrait donc pas en utiliser? », avance Guillaume, que nous avions croisé à la journée de la Terre à Saint-Aquilin. À l’affirmative de l’exposant, nombreux sont ceux à avoir tirer la moue devant ce qu’ils pensaient être un produit inoffensif. « Pourquoi est-ce qu’on ne change pas tout ça ? » intervenait alors un participant. À cela, Michel Évrard répondait par un haussement d’épaules, certainement trop conscient des obstacles alors que se profile la 6ème extinction des espèces. Mais il est de bon ton de commencer par remettre en place cette biodiversité pour favoriser l’autodéfense de nos petits jardins, quitte à ne pas labourer ou ne pas tondre tous les quatre matins. Un premier challenge de taille, car le courage n’est pas tant d’essuyer le premier échec que la critique sociale, admet-il : « Il faut supporter le regard des voisins, c’est peut-être ça le plus difficile ».

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