Dossier :

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Vallée de l’Isle : Une continuité socialiste et quelques ruptures

Après un premier tour serré offrant une triangulaire, le canton de la Vallée de l’Isle garde sa teinte rose au profit d’un regain de la participation et du report de voix favorable des deux binômes battus. Outre cette continuité socialiste, le FN semble s’inscrire dans la durée dans le paysage électoral, tandis que l’intercommunalité de la CCIVS fait dans la nuance.

Les candidats socialistes sur scène après l'annonce officielle

Les candidats socialistes sur scène après l’annonce officielle des résultats

« Le canton de la Vallée de l’Isle est une élection qui se joue à 21 communes, mais à la fin c’est (presque) toujours le parti socialiste qui gagne ». Voilà qui pourrait devenir un adage suite à la victoire du duo PS composé de Carline Cappelle et Jean-Michel Magne lors du 2nd tour des élections départementales. Une continuité qui a tout de même été acquise non sans peine, puisque ceux-ci ne disposent que d’un écart de 107 voix avec la liste UDD de Paulette Sicre-Doyotte et Stéphane Triquart. Et qui cache difficilement l’enracinement du vote Front National sur le territoire. Au final donc, voilà les grands chiffres de ce deuxième tour :

Cappelle – Magne (PS) : 40,17 % des suffrages exprimés (3219 voix)
Doyotte – Triquart (UDD) : 38,83% (3102 voix)
Lauriou – Saez (FN) : 21 % (1683 voix).
Le taux de participation a été de 66,31% sur le canton, soit 2,5 points de plus qu’au premier tour (317 votes supplémentaires). Le détail des communes est sur la carte suivante :

Face à ces résultats, libre à chacun de se réjouir ou de pester, être satisfait de son pronostic ou bien surpris, voire de se dire que cela ne changera pas grand chose. Nous, on vous en donne quelques clés d’analyse et on vous offre le tableau exhaustif des Résultats par communes.

Regain de mobilisation, la lutte moins claire du Front de gauche

Si le binôme UDD partait avec un avantage numéraire, avec 304 voix de plus que leur adversaire direct au premier tour, il fallait jouer avec deux variables qui pouvaient aisément faire basculer les choses : l’abstention et les reports de voix.

Si l’abstention a été moindre qu’au premier tour, difficile de dire que celle-ci ait joué le rôle décisif. Avec 317 voix supplémentaires à dispatcher entre les candidats, on est tenté de penser à un mode de répartition équitable. Soit il s’agit de sympathisants un peu fainéants au premier tour, qui au regard des résultats de la triangulaire, se sont remobilisés pour le second tour. Soit ce sont les candidats eux-mêmes et leurs relais qui sont venus les chercher, après avoir entraperçu les signatures manquantes lors du 1er round. Ce qui expliquerait par ailleurs la bonne remobilisation dans les fiefs de chaque candidat.

Il vaut mieux chercher dans les reports de voix ce qui a fait la différence. On aurait pu se dire que le soutien du Front de gauche aux socialistes allait peser un poids indéniable pour ces derniers (12,14 % au premier tour). Mais dans les chiffres, il apparait que le report n’a pas été systématique. Au moins une cinquantaine de votants FdG du premier tour n’ont pas reporté leur choix sur les socialistes au deuxième tour, au regard de la différence entre les voix supplémentaires pour le PS et du réservoir de Bernadette Faure et Frédéric Chassin. Cette situation concerne particulièrement Saint-Germain-du-Salembre et Mussidan, où au moins 24 votants FdG pour chaque n’ont pas souhaité donner l’avantage au PS. Outre ces nuances notables, le rassemblement de la gauche reste un ingrédient indéniable de la victoire socialiste. Mais pas que…

« La victoire de Gross »

Le véritable faiseur de roi est à chercher ailleurs ce soir-là. Au fur et à mesure que les chiffres tombaient à Neuvic et laissaient dessiner la victoire socialiste, on pouvait entendre « c’est la victoire de Gross ce soir » dans les rangs des sympathisants UDD. S’il est difficile de parler de victoire au regard des prétentions de départ du candidat battu, le score dans son fief de Beaupouyet laisse transparaître son choix pour le second tour.

Les 155 voix que son duo sans-étiquette avait cumulées là-bas semblent s’être majoritairement reportées sur le PS (+71 voix), puis l’UDD (+55 voix) et enfin le FN (+19 voix). Une situation qui risque de rester en travers de la gorge du clan UMP, puisque Jean-Luc Gross était des leurs il y a encore quelques mois. Mais le conflit marqué entre ce dernier, qui a déchiré sa carte depuis, et les représentants de l’UDD de la Vallée de l’Isle semblait trop important pour une quelconque réconciliation. Si le duo Gross-Yon n’avait donné aucune consigne de vote, et qu’une partie de son électorat s’est en effet reporté vers sa droite – à l’instar des citoyens de Saint-Martin-l’Astier et Saint-Étienne-de-Puycorbier où le duo était sorti en tête au premier tour -, le soutien implicite au duo socialiste semble acté. Une forme de revanche certes, mais aussi de proximité de ligne de conduite, puisque un des arguments phares de la liste « Proche de vous » reposait sur la défense du rural et des petites communes. Un point commun plus marqué avec le maire de Chantérac Jean-Michel Magne.

Les graines de demain : le maintien du FN et l’équilibrage intercommunal

Si la soirée électorale s’est concentrée sur la bataille PS – UDD, effaçant la présence des candidats frontistes bergeracois à Neuvic, le score quasi-égal du FN (1 voix de plus) acte l’émergence d’un troisième pôle de voix sur le canton. Cette stabilité d’apparence cache quelques mouvements au sein des communes, avec une perte sèche de voix à Neuvic (-25 voix), les 19 voix supplémentaires à Beaupouyet et un nouveau regain dans les villes périphériques, comme Sourzac (+10 voix) ou Saint-Laurent-des-Hommes (+10 voix). Reste que les candidats d’extrême-droite font un score inespéré au regard de sa participation précédente en 2001 sur le territoire, et illustre une dissociation profonde entre l’enjeu local et le combat politique national en cours. En effet, même pas besoin pour les candidats de venir se présenter à la population, ni d’être connus sur le territoire (les deux candidats sont bergeracois). La stratégie bâtie à l’échelle nationale suffit à elle-même.

Outre cette nouvelle force avec laquelle il faudra certainement composer aux prochaines échéances (régionales en décembre 2015), c’est au niveau intercommunal que l’équilibre change. En effet, le reste du territoire de la CCIVS couvert par le canton de Saint-Astier a basculé à droite, avec la victoire de l’UDD sur le PS. Sans que cette élection ait un impact direct sur la gouvernance de la communauté de communes, il y a fort à parier qu’elle sera dans les têtes de chacun. Le président de la CCIVS Jacques Ranoux, qui promeut une gouvernance non partisane, devra composer avec deux vice-présidents sortis victorieux de ces élections : le socialiste Jean-Michel Magne, en charge du pôle technique, et la maire UMP de Saint-Astier Elisabeth Marty, en charge du pôle administratif.

Quant à Jacques Monmarson, conseiller général sortant de Saint-Astier et candidat battu, il n’a plus qu’un mandat de conseiller municipal d’opposition et de vice-président à la CCIVS après avoir perdu la mairie de Saint-Astier en 2014. Comble de l’histoire, celui-ci est en charge des relations institutionnelles

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