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Les passeurs de mémoire au musée du Voulgre

Soixante-dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale et la découverte de la Shoah, le musée du Voulgre ouvre exceptionnellement ses portes avant la saison grâce aux amis du musée pour présenter une exposition de témoignages de jeunes du département sur leur visite de trois camps de concentration. L’occasion également d’entendre une histoire d’une témoin de l’époque.

Les témoignages alternent citations et photos

Les témoignages alternent citations et photos

Faire comprendre et ressentir l’horreur de la Solution Finale relève toujours plus du challenge pour ceux qui naissent des décennies après l’établissement de la paix sur le continent européen. Alors s’il devient de plus en plus difficile de faire vivre le récit de la déportation à travers la bouche de ses survivants du fait de leur âge avancé, le voyage sur les lieux des camps de concentration et d’extermination reste une expérience saisissante pour les jeunes générations. C’est cette approche qu’a souhaité saisir Émilie Daubisse, qui a réalisé une exposition reprenant le témoignage de dix jeunes de 15 à 17 ans, qui ont visité les camps d’Auschwitz, de Birkenau et de Majdanek grâce aux voyages organisés par la LICRA Dordogne. Une expérience que tous, venus des lycées de Périgueux, Ribérac, Thiviers ou encore du collège de Mussidan, disent qu’elle a changé leur façon de voir la vie, tout en étant conscient que des horreurs similaires se déroulent ailleurs aujourd’hui sur la planète, comme Roger-Charles qui évoque la situation du Darfour.

Lucette Mazeau devant l'exposition "Regard de jeunes sur la déportation"

Lucette Mazeau devant l’exposition « Regard de jeunes sur la déportation »

Au sein de l’espace dédié à ces témoignages accompagnés de dessins et d’objets, on peut avoir la chance de tomber sur Lucette Mazeau, résidente de Neuvic et présente régulièrement au cours des jours d’ouverture. Lucette Mazeau est membre de l’UNADIF-FNDIR et avait 2 ans et demi en juin 1944, habitant alors sur la commune de Saint-Jean-d’Estissac. C’est en ce mois que son père et sa mère furent déportés, après qu’ils aient gardé le silence sur le groupe de résistants qui avait séjourné près de leur ferme quelques jours plus tôt. Sa mère fut envoyée au camp de Ravensbrück et put rentrer en mai 1945. Son père lui, interné dans la baie de Lübeck, fut évacué par bateau à la même période mais disparut dans la tragédie du naufrage du Cap Arcona. Lucette vécut cette longue année aux côtés de sa grand-mère, épargnées toutes les deux ce jour-là. La famille mutilée ne put revenir dans sa propre maison qu’en 1948, après que celle-ci fut brûlée à la fin de la guerre. De l’expérience des camps, Lucette Mazeau a surtout entendu des morceaux de conversation entre compagnes de misère. « On ne se répandait pas à ceux qui ne l’avaient pas vécu » explique-t-elle. Elle en a retenu les récits de brimades, de travail forcé et de maltraitance. Et si la douleur du quotidien semblait s’estomper avec le temps pour les victimes, « ils avaient toujours leur nuit pour y penser », songe Lucette.

Si vous ne l’apercevez pas à votre passage, elle sera bien présente dimanche 15 mars à 11h45 pour rendre hommage aux fusillés du 11 juin 1944 et aux déportés de la commune de Mussidan au monument qui leur ait dédié au bout de la rue du musée. L’exposition elle est ouverte à tous du lundi 9 au vendredi 13 mars et du lundi 16 au vendredi 20 mars de 14h à 17h30 au musée André Voulgre. L’entrée est gratuite. Pour plus d’informations : les Amis du musée au 05.53.81.23.55.

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