Dossier :

Fusion des cantons

La Vallée de l’Isle en cartes – Un nouveau canton pour quoi?

À chaque réunion publique, on assiste souvent à un cours de géographie pour expliquer le nouveau canton… sans carte ! Or avec tous les « Saint » habitant la région, on a vite fait de s’emmêler dans notre prière. Pour ce premier épisode des élections en cartes, nous vous présentons le redécoupage opéré pour accoucher du canton de la Vallée de l’Isle, et les impacts de ce nouveau scrutin.

Nouveau canton de la Vallée de l’Isle : Un + Un font Un, enfin presque

Le canton, on le dit trop peu, est un échelon qui a été inventé dans la foulée de l’époque révolutionnaire française. À ce moment, fini les paroisses et l’organisation monarchique, désormais un homme vaut un vote (ou pas). Dans cet état d’esprit, il devient logique dans un système représentatif comme le notre, de dire qu’un élu doit représenter une moyenne démographique, pour que personne ne soit flouer. Ainsi, on crée des territoires d’élection qui doivent permettre de dire qu’un électeur parisien n’a pas plus de pouvoir qu’un électeur neuvicois pour influer sur le vote des lois nationales, ou qu’un citoyen de Périgueux pèse davantage que celui de Saint-Jean-d’Ataux pour dire ce qu’il faut faire en Dordogne. Ce sont les circonscriptions législatives, parfois appelés arrondissements, pour l’élection des députés, et donc les cantons pour l’élection des conseillers généraux/départementaux.

Bien conscients que le paysage français a largement évolué depuis 1789 et que les retouches ponctuelles ne suffisent pas, le Parlement a voté une loi le 17 mai 2013 pour rétablir l’équilibre autour de quelques principes : le rajustement démographie et la parité. En Dordogne, les nouveaux cantons représentent en moyenne 16 566 habitants, allant de 19 679 habitants (Terrasson-Lavilledieu) à 14 299 habitants (Périgord central). En nombre de communes, cela peut aller d’une partie de ville (Bergerac, Périgueux) à 49 communes (Lalinde). Vous pouvez retrouver la carte comparative avant/après réforme ici.

Le nôtre, appelé canton de la Vallée de l’Isle, représente 17 048 habitants pour 21 communes. Et il ressemble à ça (contour rouge) :

Fusion des cantonsEn gros, c’est un bon mix entre les anciens cantons de Neuvic et Mussidan, tout en troquant deux communes doubleaudes pour une porte d’entrée de l’A89 : deux anciennes communes du canton de Neuvic, Saint-Vincent-de-Connezac et Saint-Michel-de-Double, sortent pour rejoindre le canton ribéracois, tandis que Les Lèches quitte le canton de La Force pour intégrer celui de la Vallée de l’Isle.

Ce qu’on peut en dire

Plusieurs éléments intéressants sont à déduire de ce redécoupage. À ce titre, l’explication donnée par le remplaçant du Front de Gauche Anthony Goreau, qui est également maître de conférences en géographie à l’université de Bordeaux, semble des plus pertinentes. Il définissait ainsi les points positifs et négatifs de la réforme des cantons lors de la réunion publique de son équipe vendredi 13 mars.

Les points positifs :

1. Une meilleure représentativité démographique : en effet, en décidant la division par 2 de l’ensemble des cantons de tous les départements, la loi de mars 2013 a permis un rafraichissement considérable. Il faut savoir qu’en 200 ans, les cantons périgourdins ont été très peu retouchés, alors que les populations ont bien évolué. Ainsi, lors des dernières élections de 2008, les cantons n’étaient plus très équilibrés. Sans détenir le nombre d’habitants par canton de l’époque, on sait qu’il y avait 1 768 inscrits sur le canton de Monpazier, contre 13 273 pour celui de Saint-Pierre-de-Chignac, soit près de 8 fois plus dans ce dernier. Mais derrière, ces deux territoires inégaux avait bien un seul conseiller pour les défendre.
Aujourd’hui, ce rapport de taille est passé à 1,4 entre le plus et le moins habité des cantons. Bien plus démocratique.

2. Le seul scrutin avec une parité totale : En décidant non pas de réduire le nombre d’élus départementaux mais d’installer la parité, la réforme fait la part belle aux femmes. Une belle avancée à écouter l’ensemble des candidats, qui admettent une meilleure représentativité et font valoir une autre façon de penser et fonctionner qui ne pourra être que bénéfique pour le département. Lors de la dernière mandature, seules 4 femmes étaient élues au sein du conseil départemental, les hommes représentant 92 % de l’assemblée. Dommage qu’il faille une loi pour faire entendre raison aux partis…

3. Un renouvellement intégral du conseil : Dernier élément positif selon Anthony Goreau, le passage à un renouvellement total des 50 postes au lieu de deux renouvellement partiels à trois ans d’intervalle auparavant. Dans ce contexte, il était certainement plus difficile d’opérer un changement de majorité au sein du CG, et l’attention du citoyen s’en voyait amoindrie lorsqu’il ne savait si c’était son tour de voter ou non. Désormais, l’enjeu politique est plus que jamais présent avec une élection générale où tout le monde peut participer.

Les points négatifs :

1. Une perte pour la démocratie de proximité : si les élus départementaux représentent mieux leurs citoyens, ils les connaissent moins bien. C’est la conséquence inévitable de la division par deux du nombre de cantons et du réajustement démographique : les territoires représentés sont parfois immenses pour un département rural comme le nôtre. Et si cette réforme est atténuée par un nombre inchangé d’élus, elle se fera certainement sentir sur le plan de la proximité. Pas tant que ça dans la Vallée de l’Isle, puisqu’elle résulte de la fusion de deux cantons/bassins de vie et que les binômes ont souvent la prétention de les représenter équitablement. Mais tout de même, ce sera certainement moins facile de sermonner votre conseiller départemental en espérer le croiser au supermarché en train de faire les courses.

2. Un système favorable pour la stratégie du FN : Dès lors qu’on considère que le vote Bleu Marine constitue un danger pour nos institutions, on peut s’inquiéter des conséquences de ce redécoupage. C’est mathématique : des territoires plus larges = des candidats moins faciles à connaître au quotidien = un choix de vote davantage centré sur la médiatisation nationale. Or, c’est là la stratégie largement favorisé par le FN, qui est le parti le plus représenté dans ces élections, sans que ses candidats aient grand chose à voir avec leur territoire d’élection. C’est le cas dans notre canton de la Vallée de l’Isle, où les deux candidats titulaires Front National sont des habitants de Bergerac, et ne tiendront a priori aucune rencontre publique. Ce n’est pas un problème puisqu’il suffit de vivre en Dordogne pour se présenter dans n’importe lequel de ses cantons.
Les élections locales étaient jusqu’ici peu concernées par le vote d’extrême-droite comme en attestent les résultats de 2001, mais cela pourrait bien changer cette fois-ci…

3. Le renforcement des partis contre les mouvements citoyens : ce point relève d’une autre analyse que celle du candidat Front de Gauche. Là encore, l’élargissement des territoires rend plus complexe l’émergence de candidatures hors appareil partisan. Tandis que les partis traditionnels sont souvent bien installés un peu partout sur le territoire, sans nécessairement être représentatifs des aspirations des citoyens, il leur est plus facile de présenter des binômes paritaires spontanément que le citoyen non encarté qui souhaiterait faire valoir une autre façon de penser et de faire de la politique. Ce qui transparaît dans le reste de l’Europe comme l’émergence de nouveaux mouvements en dehors des offres traditionnelles ne peut donc pas vraiment s’appuyer sur des élections locales pour faire entendre une autre voix.
On peut se dire que le ticket sans-étiquette Gross-Yon peut représenter dans la Vallée de l’Isle une telle démarche, mais ce serait oublier que le maire de Beaupouyet a déchiré sa carte de l’UMP il n’y a que quatre mois.

 

Bref, autant d’éléments à prendre en compte. Et on ne parle là que des contours des cantons et des conditions de vote, n’abordant pas le flou des compétences du futur conseil départemental, ou encore la confusion fréquente avec les intercommunalités.

Demain donc, on continue l’exercice de débroussaillage en vous parlant des communautés de communes, ce nouvel échelon administratif porté en grâce par le Parlement et dont les candidats ne peuvent ignorer dans leurs discours.

One thought on “La Vallée de l’Isle en cartes – Un nouveau canton pour quoi?

  • 18 mars 2015 à 13:56
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    Merci de ces explications. Tout ça devient nettement plus clair!

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