Dossier :

Ricochets - Killy Ridols - Patagonia

Project Isle – Premiers jets

Au début, Isle s’informe n’était rien d’autre qu’un de ces projets qu’on a en tête et qui ne voit que rarement le jour. Puis la frustration d’un travail qu’on juge limité et limitant, accompagné d’une condition de travailleur peu enviable, ont fait naître un goût d’entrepreneuriat. Celui-là même qu’on voit poindre un peu partout sous de multiples étiquettes, qui ne s’accommode pas de l’univers économique tel qu’on nous l’a laissé.

Mais pourquoi donc lancer un « Project Isle » au beau milieu de notre vallée ? Voilà quelques réflexions par ricochets.

Pour faire d’une pierre deux coups

Comment est sorti de terre la véloroute voie verte ? Pourquoi Mussidan et Neuvic ne font pas partis de la même communauté de communes ? A quoi ça ressemblait une fête de village il y a 20 ans chez nous et chez les voisins? Quand on est jeune comme moi et qu’on essaie de répondre à de telles questions, plusieurs choix s’offrent à nous : faire de l’archéologie journalistique ou demander aux personnes plus âgées. Vu le bordel que sont les archives de nos médias traditionnels, on a vite fait de choisir la deuxième solution, qui va avec son lot de défauts : subjectivité, connaissance partielle des faits, mémoire défaillante… Cette pratique du bouche-à-oreille déformant fait que souvent dans nos campagnes, les vieux différends s’exacerbent au fil du temps, alors que la cause, nuancée, est souvent oubliée.

Alors quand on naît à l’ère de Wikipédia et de la cartographie numérique, on est en droit de se dire « Merde, pourquoi ne range-t-on pas mieux nos archives ? ». Ce n’est pas pour rien qu’aujourd’hui, le journalisme de flux – une nouvelle actualité chaque jour effaçant la précédente – se voit bousculé par le journalisme de stock, ou encore journalisme d’explication. On y prend le temps d’enrichir un dossier, de prendre des angles inédits. On rectifie les articles au fil du temps pour les republier, on allonge la timeline.

Cette meilleure organisation de l’information à l’échelle d’un territoire limité peut ouvrir plusieurs pistes. Chaque actualité peut être organisée dans un dossier spécifique, qu’il s’agisse d’un sujet controversé ou de la compréhension des institutions, géolocalisées sur une carte. On peut aussi sortir de l’agenda des communicants pour se pencher sur le thème de notre choix… Autant de pistes à explorer pour diversifier l’actualité locale, qui n’a pas à se limiter aux festivités et cérémonies du coin.

Pour jeter un pavé dans la mare

Aujourd’hui, espérer vivre d’une activité journalistique en milieu rural relève de la fantaisie, à moins de se faire une place dans les journaux régionaux de nos « capitales » provinciales. Ainsi, le travail de suivi de l’actualité dans nos petits villages relèvent souvent d’un don de soi, au regard de la rémunération des correspondants, ou alors d’un exercice d’autopromotion pour les quelques plumes bénévoles désirant valoriser un événement auquel ils prennent part.

Et au regard du contexte général de la PQR, le bas de l’échelle journalistique que constitue le correspondant rural sera toujours plus mis sous pression, le poussant à trouver toutes sortes de stratagèmes un brin frauduleux sur le plan intellectuel pour toucher une rémunération qu’il considère légitime au regard de son travail. Or au fil du temps, la génération bien avancée des correspondants locaux devra passer sa plume au prochain, mais quel prochain ? Outre la satisfaction de connaître et d’être reconnu sur le terrain, et de se goinfrer à chaque pot de l’amitié, il devient peu concevable que le travail de correspondant devienne un métier épanouissant et rémunérant en l’état actuel.

Alors bon, pourquoi ne pas réfléchir à un projet journalistique à un autre échelon géographique, basé sur nos cantons ou intercommunalités naissantes ? Après tout, les grands quotidiens s’appuient très souvent sur l’entité régionale quand certaines niches visent une communauté urbaine. Pourquoi le groupe SAPESO garde-t-il deux rédactions distinctes à Périgueux, à savoir l’édition périgourdine de Sud-Ouest et la Dordogne libre ?

Si le tracé des nouvelles communautés de communes peuvent toujours paraître inadaptés et mouvants pour l’heure, ces dernières sont sensées mettre en relief un niveau tangible pour chacun : le bassin de vie. Un espace dans lequel on va faire ses courses, on va amener ses enfants à l’école, rencontrant des parents d’un village voisin. Un espace dans lequel on navigue pour profiter d’une offre culturelle élargie, où les matchs du week-end sont vécus comme des derbys. Un espace propre à chacun, qui varie selon les familles, les classes sociales, les générations, mais qu’on essaie de délimiter grossièrement à coup de restriction budgétaire.

A côté de l’esprit de clocher qui anime tout bon citoyen français, force est d’admettre que le monde autarcique de nos aïeux paysans n’a plus lieu d’être. Mais il est tout autant dommageable de penser que seules préfecture et sous-préfectures sont à même d’exciter notre quotidien. Cette grande mare qui ne dit pas toujours son nom a besoin, à mon humble avis, d’un bon pavé pour se rappeler à sa propre existence et regarder son reflet dans l’eau.

Pour viser une autre cible

Au-delà du marché mature de la presse écrite locale, il y a des clivages de générations qui transparaissent. Chaque génération s’est appropriée à sa manière l’information, qui s’inscrit dans des routines. Pour moi, c’est la possibilité de lire les dernières actualités à n’importe quel moment où une pause se dessine. Pour mon grand-père, c’est un rituel matinal, une raison en soi pour se rendre dans le point presse du village voisin, pour ensuite aller boire son café au bistrot et faire son tiercé. Entre ces deux générations, il y a tout un monde à réinventer, que ce soit sur le plan cognitif, économique ou social. Sur le plan cognitif, c’est toute une nouvelle manière de s’approprier l’information. Sur le plan économique, cela peut-être un abonnement mensuel à prix réduit. Sur le plan social, l’occasion de créer des moments citoyens dans les villages pour ouvrir la « salle de rédaction » et cocréer le programme du mois à venir.

Aujourd’hui, en étant correspondant pour l’Echo de la Dordogne, un journal papier engagé et dont le lectorat se compose principalement d’abonnés, je me sens parfois un peu prisonnier d’une ligne éditoriale qui a été pensée il y a bien longtemps, ainsi que par l’espace de plus en plus contraint sur les pages de provinces, qui limite tant le contenu que retarde le délai de publication. Parallèlement, la PQR a avant tout adapté leur miroir numérique au contenu papier, intégrant au fur et à mesure quelques innovations, mais sans plus. Je préfère dès lors partir du numérique, sans contrainte de lignes et de photos, pour raconter au mieux les faits auxquels j’ai assisté ou pour analyser un thème particulier. Et pourquoi pas alors penser à des dossiers papiers, qui pourraient paraître à intervalle régulier et s’atteler à un thème en particulier.

Puis bien sûr, il y aura certainement une écriture propre aux centres d’intérêts des contributeurs. Il sera certainement plus facile pour ma part d’aborder des sujets souvent abordés dans les couloirs politiques, de passer du temps avec une jeunesse dont on a parfois du mal à saisir les contours, ou bien encore d’effleurer le lot d’initiatives alternatives qui éclosent un peu partout sur le territoire. Chaque engagement et traits de caractère des rédacteurs est autant un terrain à défricher qu’un risque de conflit d’intérêt. A nous de faire la part des choses.

Ce projet, si je l’initie, ne pourra se faire sans vous, lecteurs. Il a vocation à intégrer d’autres contributeurs, à affiner ses formules, à tester d’autres idées. Alors n’hésitez pas, au détour d’un événement à venir discuter avec moi!

2 thoughts on “Project Isle – Premiers jets

  • 15 février 2015 à 23:35
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    Quelqu’un qui ne se contente pas de faire des ronds dans l’eau, voilà qui va faire des vagues…
    Hâte de suivre les ricochets. l

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  • 21 mai 2015 à 10:42
    Permalink

    bonjour et merci pour cette belle initiative d’ouverture a la discution, pour l’isle allons au delà des clivage gauche droite.
    a bientôt
    yogi

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