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La gestion de l’eau n’a pas fini de faire des remous

L’eau est un bien commun essentiel à la vie, et pour le commun des mortels français, elle arrive miraculeusement par un robinet pour continuer sa route dans nos éviers. Il suffit alors de payer sa facture sans trop se poser de questions pour que le cycle ne s’interrompe pas. Mais dès lors qu’on se questionne sur les autorités compétentes et les plans de gestion des ressources aquatiques, on se retrouve vite submerger : syndicat des eaux, des berges de rivière, agence de l’eau, agence de bassin, schéma d’aménagement et de gestion des eaux… Or la multiplication des structures semble favoriser une mauvaise coordination de l’action et l’opacité des responsabilités.

C’est dans ce contexte que le législateur a fait une dernière tentative de clarification à travers la compétence GEMAPI votée le 27 janvier 2014. Celle-ci veut établir une grille plus lisible des acteurs et des actions à mener, tout en ouvrant la possibilité d’une nouvelle taxe. Dans le bassin de l’Isle, les responsables locaux ont souhaité présenter leur action et l’application prochaine de la loi aux élus, jeudi 19 février au centre multimédia de Neuvic.

La loi établit trois niveaux d’intervention complémentaires : le bloc communal (municipalités et intercommunalités), l’EPAGE sur le sous-bassin et l’EPTB sur le grand bassin (Epidor pour nous). Le premier échelon se voit responsable de tâches clairement définies que sont l’aménagement des bassins, l’entretien des cours d’eau, canal ou plan d’eau, la défense contre les inondations et la protection et la restauration des écosystèmes aquatiques. Dès lors, si certaines communes n’ont pas trop à s’inquiéter des inondations menaçant champs et plaines non habités, certaines villes deviennent responsables des digues qui les protègent, et qui sont souvent vieillissantes.

L’un des points d’achoppement réside dans la date d’application de ces compétences. Prévu en première rédaction pour le 1er janvier 2016, le Sénat avait amendé le texte pour rajouter un délai de deux ans fin janvier. Mais quelques jours plus tard, les députés ramenaient la barre à 2016, provoquant l’indignation des associations d’élus. A Neuvic, le président de l’Union des maires de Dordogne Bernard Vauriac, a fait état de son inquiétude : « En cette période de manque de moyens, nous avons besoin de temps ». Une remarque appuyée par le président du Grand Périgueux et maire de Boulazac, Jacques Auzou : « l’État nous dit la main sur le cœur qu’il n’augmentera pas les impôts, il nous donne une compétence qu’il exerçait auparavant, et on doit se débrouiller pour financer ». Il critique par ailleurs la répartition des aides versées par l’agence de l’eau Adour-Garonne, qu’il juge défavorable pour ceux qui ont été précurseurs dans la mise en place d’une gestion raisonnable de l’eau.

Car il est vrai que les communes du bassin n’ont pas attendu pour mutualiser leurs moyens. En aval de Périgueux, le SMBI présidé par Bernard Guillaumard, réunit 65 communes et 55 000 habitants, et travaille déjà à une gestion conservatoire de la ripisylve, la restauration des écluses, des zones humides et bras morts, ou encore des espèces patrimoniales et invasives. Il travaille par ailleurs en coordination avec son homologue girondin à travers le SMIVI. À une échelle plus large, le syndicat responsable du grand bassin de la Dordogne dans laquelle se jette l’Isle, Epidor, réunit 6 départements dans sa gouvernance et pilote localement des schémas d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE), dont celui Isle-Dronne en cours de finalisation. Bref, de quoi préfigurer l’organisation de la GEMAPI. Encore faut-il que nos élus locaux s’approprient tous ces outils complexes, et que les citoyens comprennent les raisons de ce qui pourrait se traduire par une nouvelle taxe.

Retrouvez les différents acteurs intervenant sur le bassin de l’Isle et présents lors de la rencontre :

Pas plus avancés? À venir, un dossier sur le cycle de l’eau pour remettre notre assainissement collectif, nos SPANC ou encore nos zones humides à la bonne place. Déjà que c’était assez compliqué au primaire…

Par USGS Georgia Water Science Center Illustration by John M. Evans, Howard Perlman, USGS French translation by Monika Michel, Agence de l'Eau Artois-Picardie, France [Public domain], via Wikimedia Commons

Par USGS Georgia Water Science Center Illustration by John M. Evans, Howard Perlman, USGS French translation by Monika Michel, Agence de l’Eau Artois-Picardie, France [Public domain], via Wikimedia Commons

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