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Un poilu revit sur la toile

A l’occasion du centenaire de la Grande guerre, les initiatives se multiplient pour rappeler le conflit. C’est le cas d’Eric-Noël Dyvorne, qui fait revivre son grand-père en retranscrivant ses mémoires de guerre sur un blog complété quotidiennement.

1er Août 1914 – La Mobilisation est affichée ! Bien que l’événement était attendu d’heure en heure, la chose me paraît encore tellement énorme qu’il faut que je sorte pour voir moi-même la petite affiche blanche…

C’est entre l’angoisse et l’excitation que démarre l’aventure d’un de ces millions de destins découvrant il y a tout juste cent ans l’ordre de mobilisation générale. Et ce n’est là qu’un simple échantillon du panel de ressentis qu’il éprouvera au cours des quatre années suivantes.

Eric Dyvorne avec la cantine de son grand-père

Eric Dyvorne avec la cantine de son grand-père

Ce récit, vous ne le trouverez non pas chez le libraire dans ces nombreux mémoires de guerre édités, mais en libre accès sur Internet, dans un blog reprenant jour après jour les aventures du capitaine Lucien Proutaux. Le poilu, ressuscité pour l’occasion, nous raconte par l’intermédiaire de son petit-fils Eric Dyvorne son vécu au rythme du conflit. Un exercice d’un genre nouveau qui permet de rendre compte de la lenteur du quotidien sur le terrain et vient renforcer le combat exigeant du devoir de mémoire.

Lucien Proutaux est un comptable parisien d’origine picarde, de 33 ans lorsqu’il est mobilisé en 1944 pour prendre le capitanat d’une section de 60 hommes dans le 226e régiment d’infanterie. Il vivra la guerre de différents fronts, connaissant tant l’horreur du terrain que la guerre retranchée des bureaux, en passant par une période de longue convalescence. Il décédera en 1937 des suites de ses blessures du conflit.

Ce n’est qu’en 1999 que son souvenir refait surface lorsque son petit-fils, Eric-Noël Dyvorne héritera de sa cantine, large malle de guerre, dans laquelle se trouve les mémoires manuscrits ainsi qu’une myriade d’objets et dessins en tout genre. Le descendant, intrigué mais fort absorbé par ses fonctions en Afrique et d’autres recherches généalogiques, s’abstient alors d’une exploration approfondie. Il proposait même aux archives militaires de Vincennes il y a de cela une dizaine d’années de leur prêter l’héritage pour qu’elles l’utilisent. Sa proposition rejetée avec un air négligeant se rappelle-t-il, il y trouvera l’orgueil nécessaire pour rendre hommage à son aïeul.

A la croisée des chemins

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Un dessin de Jean Droit

C’est donc une fois domicilié à Sourzac et à l’occasion du centenaire de la guerre que les conditions font passer ce projet en priorité. Sa belle-fille lui inspire alors l’idée de retranscrire les écrits sur un blog internet, en publiant chacun des articles exactement cent ans après le jour retranscrit. Car bien que les mémoires semblent avoir été rédigés à tête reposée, le capitaine s’est évertué à coller à son quotidien, retravaillant certainement des notes de premières intentions. Ce procédé lui permet ainsi de compléter son histoire avec de précieux commentaires et précisions. Avec un style méthodique digne de sa profession, il offre alors un récit tant humain qu’historiographique sur le déroulé des événements. Également, parmi les surprises à venir, on retrouvera des contributions originales d’un de ses sergents et futur illustrateur de renom, Jean Droit, père du journaliste et académicien Michel Droit et grand-père du photographe Eric Droit.

Pour suivre les aventures du capitaine Proutaux, rendez-vous sur le site www.unjouruneguerre.canalblog.com. Il devrait également bientôt faire son apparition sur les réseaux sociaux, avec une page sur Facebook pour vous alerter de l’arrivée d’une nouvelle lettre. Et si vous n’appréciez guère les récits militaires, peut-être trouverez-vous votre bonheur dans les prochains projets d’Eric Dyvorne, parmi lesquels l’histoire d’autres aïeuls, l’aventurier et journaliste Henri Postel Du Mas, ou du journaliste et politique charentais Paul Dyvorne. Celui qui est actuellement professeur d’économie au lycée Saint-Joseph attend impatiemment la retraite pour avoir une vie bien active.

Ces histoires revisitées grâce au web

Le numérique est une source d’avenir dit-on, mais elle devient également un puits de connaissances du passé. On retrouve ainsi des initiatives similaires à celle d’Eric Dyvorne, comme celle du média Rue89 et le blog du caporal Flamant ou encore des créations artistiques comme l’histoire de Léon Vivien sur Facebook.

A travers la multiplication de ces initiatives au point de vue personnel, les apprentis historiens redonnent un visage humain à un conflit trop souvent appréhendé à travers les manuels scolaires. De quoi remettre en perspective les posts et statuts quotidiens des 23 millions de Français inscrits sur le plus grand réseau social.

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