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Élections européennes : réforme territoriale et traité transatlantique comme bataille commune

Élus puis citoyens profitaient de la présence de Francis Wurtz pour débattre de deux sujets brûlants non sans rapport avec les élections de dimanche.

«Giscard et Sarkozy n’avaient pas osé, Hollande le fait!». Quant à savoir le sujet concerné par cette apostrophe de Vianney Le Vacon, élu communiste de Périgueux, le choix est varié, entre le big bang territorial annoncé par le premier ministre Manuel Valls et les négociations en cours pour un grand marché transatlantique. C’est à l’occasion de la venue de l’ancien député européen communiste Francis Wurtz dans la commune de Saint-Léon-sur-l’Isle, jeudi soir, que des réflexions ont été amorcées sur ces deux thèmes d’actualité, considérés comme des chevaux de Troie de la doctrine libérale en Europe. Tout d’abord avec une rencontre informelle entre les élus du territoire puis à travers une rencontre avec les citoyens pour discuter du marché transatlantique.

Les quelques élus présents de la communauté de communes de l’Isle, du Vern et du Salembre, à l’instar du maire de la commune Jean-Luc Laforce, ont ainsi fait part de leur désarroi face à la réduction des dotations de l’État et aux désagréments occasionnés par la fusion des intercommunalités. Avec une marge de manœuvre réduite à peau de chagrin à l’échelon local, les élus n’auront bientôt plus de pouvoir pour répondre aux requêtes des habitants. Cette tendance signerait alors la mort symbolique de l’intérêt des municipalités dans la tête des citoyens, pavant le chemin à leur suppression à terme. Cette crainte a d’autant plus d’écho en milieu rural, où la distance entre le citoyen et le représentant intercommunal s’accroît considérablement pour respecter les exigences toujours croissantes de seuil de population. A ce virage politique s’ajoute une menace économique pour les entreprises de proximité. Car derrière la promesse d’économies d’échelle grâce à la mutualisation des marchés publics, c’est la favorisation des grands groupes privés extérieurs au territoire qui se dessine. Une prédiction qui semble se concrétiser sur les compétences du BTP ou encore de la restauration scolaire, comme à Périgueux.

Francis Wurtz, qui finit avec St-Léon une longue tournée pour les européennes, a alors rappelé que l’échelon communal était dans le viseur de l’Union européenne de longue date, et faisait régulièrement l’objet de requêtes de la Commission à l’État français pour demander la réduction de leur nombre. Et dans le contexte actuel, l’argument démagogique de réduction du « mille-feuille administratif » risque de prendre, d’où la nécessité d’un combat intensif de cette contre-vérité lors des prochaines échéances électorales.

A la fin de cette première rencontre, le président de l’ADECR périgourdine Vianney Le Vacon a annoncé la réalisation prochaine d’une pétition contre la réforme territoriale auprès des élus. A cela s’ajoute l’obtention d’une demi-journée de débat sur la réforme territoriale au conseil général.

Halte au marché transatlantique

La deuxième partie de la soirée, une rencontre publique avec une quarantaine de participants, s’est concentrée sur la question du marché transatlantique, communément appelé TAFTA (Transatlantic Free Trade Area). Introduit par le représentant départemental du PCF Laurent Péréa et la candidate locale aux élections européennes de la liste de Jean-Luc Mélenchon, Méloë Colbac-Beauvieux, Francis Wurtz a fait valoir sa riche expérience européenne pour lancer les hostilités.

Il fit tout d’abord un historique de la construction européenne, afin de montrer que ce projet médiatisé n’était point une surprise mais plutôt une résurgence régulière dans les projets continentaux. Déjà le premier traité en 1957 puisait dans la doctrine libérale pour consacrer les «quatre grandes libertés» (marchandises, personnes, services et capitaux), piliers d’un grand marché capitaliste. Puis la coopération États-Unis/Union Européenne s’est élargie au lendemain de la chute de l’URSS et du mur de Berlin, jusqu’à la première tentative de zone de libre-marché en 1997 sous l’acronyme AMI (Accord multilatéral d’investissements). Mis en échec suite à un grand mouvement de la gauche, celui-ci est resté aux oubliettes tant que les divergences entre les deux pôles occidentaux étaient trop importantes, à l’image de l’implication de la guerre en Irak.

Aujourd’hui, l’axe transatlantique renaît de ses cendres dans le cadre de négociations secrètes, mais dont les enjeux se dévoilent peu à peu selon Francis Wurtz, au-delà des craintes évoquées par les thèmes polémiques de poulets à la javel et de viandes aux hormones. Tout d’abord un enjeu démocratique, puisque l’ombre de la création d’un tribunal arbitral privé, pour juger les conflits entre compagnies et les États et collectivités territoriales, se fait pesante. Or les précédents outre-atlantique ont toujours donné raison aux entreprises. Un enjeu économique bien sûr, avec l’anticipation non cachée par la Commission de chocs durables dans certaines industries. Mais aussi un enjeu sociétal, puisque la conformisation aux normes américaines porterait un coup fatal à la raison d’être de l’Union Européenne.

Après cet exposé édifiant, l’ancien député a tenu à donner une touche d’espoir en affirmant qu’une opposition massive commençait à émerger partout en Europe, et plus encore chez le voisin allemand. Et à rappeler que le Parlement européen élu dimanche sera invité à voter ce traité, et que c’est donc à travers les urnes qu’un rejet peut encore se réaliser.

Francis Wurtz, au milieu, au côté de Laurent Péréa et Méloë Colbac

Francis Wurtz, au milieu, au côté de Laurent Péréa et Méloë Colbac

Francis Wurtz en quelques dates :

  • 1948 : naissance à Strasbourg
  • 1969 : date de son adhésion au PCF
  • 1979-2009 : député européen pour le parti communiste, dont les dix dernières années comme président du groupe Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique.
  • 2009 – Aujourd’hui : chroniqueur de L’Humanité Dimanche

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