Dossier :

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La transmission agricole, enjeu des temps modernes

«Peut-on encore aujourd’hui transmettre le goût de la liberté ?». C’est sur cette question ouverte que la Fabrique introduisait jeudi dernier une projection-débat autour du film «Les chèvres de ma mère» de Sophie Audier projeté en avant-première, en partenariat avec Lou Camin Bio et la Maison des Paysans. L’occasion d’aborder une problématique récurrente dans nos campagnes : la transmission des exploitations agricoles.

C’est que le goût de la liberté, ce symbole de l’art paysan, a pris du plomb dans l’aile au cours de l’époque moderne : travaux manuels usants et peu mécanisables, obligations de rester sur la ferme en tout temps, retraites dérisoires, quand il ne s’agit pas d’un agrandissement des exploitations rimant souvent avec uniformisation des productions… Ainsi, le nombre de fermes a diminué de 25% entre 2000 et 2010 sur le département, un phénomène d’autant plus marqué que taux de renouvellement est plus faible que la moyenne nationale (50% contre 70% en France). Dans ce contexte, l’enjeu de la transmission est essentiel, d’autant plus qu’en Dordogne, 46% des agriculteurs ont 55 ans et plus, et sont donc en âge de se positionner sur leur héritage.

Mais derrière ce sentiment d’urgence et de basculement irréversible, notre époque moderne offre aussi quelques notes d’espoir, portées par des jeunes agriculteurs, ayant fait le choix d’investir des terres hors du cadre familial. Pour preuve 40% des porteurs de projet ne sont pas issus du milieu agricole. Pour témoigner de ce renouveau, les associations organisatrices de l’événement avaient invité Michel Villechauvin, ancien producteur de petits fruits à Chantérac et Aurélie Puech qui a repris son exploitation. Et c’est là que cette problématique nationale prend des traits humains, à travers les épreuves très personnelles vécues par le repreneur et le cédant. D’un côté, le doute de la vocation, après des formations souvent théoriques qui ne préparent pas à cette expérience totale. De l’autre, la difficulté de voir filer son bien le plus personnel et le fruit de sa labeur sous son nez, puisque le cédant reste souvent vivre à côté de son exploitation. Et pour les deux, un long combat contre l’administration qui exige justificatifs et budgets prévisionnels, à coups d’acronymes déroutants, pour assurer son soutien sur ce terrain miné.

C’est dans cette optique que l’association de la Maison des paysans de Dordogne accompagne les créateurs de projets, cédants et repreneurs. De cette façon, la transmission se fait autant en douceur que possible, avec une période de cohabitation et de formation, comme l’ont fait pendant près de quatre ans déjà Aurélie et Michel. Une expérience réussie, qui espérons-le, se généralise dans les années à venir.

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